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L'OISEAU BLANC 
Ce recueil de poèmes est la réédition (mars 2016) d'un ouvrage publié en 1989 aux éditions La Nouvelle Proue. Il présente des écrits de jeunesse de l'auteur. Des textes évoquant ses premiers émois amoureux se mêlent à d'étranges poèmes de voyance, tout en côtoyant des oeuvres dont la tonalité surréaliste et moderne ne manquera pas de surprendre le lecteur d'aujourd'hui.  

- Auteur : Jean-Paul Inisan - réédition du livre (même titre) paru en 1989. Éditeur : Edmond Chemin -  nombre de pages : 104 - format : 12 x 19 cm - Prix 11 euros - Disponible dans toutes les librairies et sur les sites de vente internet : fnac.com, decitre.fr, amazon.fr, dialogues.com, bod.fr (livraison la plus rapide) - numéro ISBN : 979-10-95638-02-5 - En cas de difficultés pour commander ce livre, merci de nous en informer en cliquant sur le bouton "Contact" ci-dessus.

COUP DE FOUDRE 

L'amour est tombé sur moi comme une grâce divine,
Comme un mystère qui me domine,
Comme une soudaine abondance après une longue famine. 

Mon cœur était un obscur désert.
A présent il est esprit et chair,
Joyeux goéland sur la mer. 

Et celle que j'aime est dans la vague :
A la fois fraîche et tranchante comme une dague,
Fougueuse et berceuse comme le chant du vent,
Elle déploie l'arc-en-ciel de mon sang. 

L'amour est tombé sur moi comme la foudre
Et s'il a souvent un goût de poudre,
C'est parce qu'il n'y a pas de grains
Dans le ventre chaud des lendemains. 

Je suis l'enfant heureux de l'ivresse.
J'ai donné ma main au hasard
Et il m'a fait attendre dans la nuit noire
Jusqu’à ce que l’aube apparaisse 

L'amour est tombé sur moi comme un rire
Et celle que j'aime est une enfant
Mais aussi une femme que je désire.
Je veux être plus que son amant. 

Je suis envahi par la fièvre,
Je ne sais plus où sont ses lèvres
Toute caresse à peine esquissée devient aussitôt mièvre.
 Il n'y a plus de  corps
Là où finit définitivement la mort

 

PASSION

Dans la chaude lumière de tes yeux
J'ai vu se glisser une ombre de tristesse
Et ce n'était rien.
Rien, mon dieu !
Rien, me dis-tu, que nostalgie de princesse. 

Et je ne comprends pas, je ne comprends pas !
Comme un cheval au galop tombe dans l'abîme
Je suis sur une route où retentissent mille pas:
Les tiens et les miens. Mon esprit descend des cimes ...

Et les voiles qui ligotaient mes mains
S'envolent au souffle ardent de ton sein.
Parfois les ouragans s'apaisent:
Est-ce une raison pour que ma raison se taise ?

 Le sourd mugissement de ce lieu secret
Qui se trouve au plus profond de moi-même
A sa source dans un endroit encore plus secret
Qui, le sais-tu? se trouve au plus profond de toi-même,

 Et pourtant mon refuge familier n'est pas dans un corps.
Et pourtant ma joie s'est souvent perdue
Dans les villes tristes où il fallait être très fort
Pour retrouver de sa maison l'originelle rue.

 Pourquoi toujours penser à ce regard d'enfant ?
Enfant blessé que je trouvai sur une plage sale.
Qui était seul. Son cœur, son cœur, encore je l'entends !
Son chant funèbre était pur de tout râle ...

 Et pourtant ce n'était ni toi ni moi,
Ce n'était peut-être qu'un mauvais rêve.
Mais comprends-moi, c'est important pour moi !
Je ne veux pas qu'un jour notre amour crève.

 Comprends que ma folie est souvent un défi,
Comprends que mes absences sont aux chaînes
Ce que les silences sont au cri !
Elles ont la vérité pour reine.

 Ma vérité, c'est notre amour,
C'est dans ton regard la lumière,
C'est de mon sang le lancinant tambour
Lorsque tu apaises de mon désir la misère.

 Mon amour, suis-je vraiment si fragile
Que je ne puisse te dire en deux mots
Ces deux mots si simples et si tranquilles
Dont l'un est sans doute de l'autre l'écho :
Je t'aime ?

 

L'OISEAU BLANC

Je vois.
Je vois l'Oiseau.

L'Oiseau descend sur toi.
Il est blanc.

La mer est bleue comme tes yeux.
Elle ne compte pas ses tourments.
Elle va et vient au rythme des saisons et des marées.
Elle contient des poissons qui communiquent entre eux.

Moi, je ne puis communiquer avec toi, mon tourment.
Mais je vois très bien l'oiseau qui, tout doucement, descend vers toi.

Il t'aime.
Et tu ne le sais pas.
Il est pur et beau.
Et tu ne le sais pas.

Ne bouge pas !
Il pourrait prendre peur et s'éloigner à jamais.
Laisse-le venir vers toi !
Ne t'impatiente pas.
Ne tends pas les bras.

Tu peux avoir peur de l'Oiseau
Car tu ne le mérites pas.
Mais il t'aime et te trouve beau.
Peux tu accepter cela ?

 

RESSOURCE

Le nid de ma tendresse
Est perché là-haut au sommet d'une idée fabuleuse
J'y vole vole vole pour y voler maints baisers rudes
Que me donne l'aurore diamantée
De mon indépendance

Ô mon domaine fertile
Comme tu es lointain

Et pourtant toujours j'en reviens
Avec des anges gardiens
Très habiles
Bien que fragiles

Appels divins
Qui me touchent délicatement
Valeurs clignotantes hésitantes
L'amitié et l'amour se confondent agréablement
Ciel humain toujours prêt à frémir
À pleurer ou à rire

AUBE 

Cet homme si seul et si fort
Qu'il ne changea pas après sa mort
Et que très loin dans la nuit hésitante
J'entends toujours l'écho de sa voix violente

Il ne me parlait pas
Il me regardait parfois songeur
Le gris-vert de ses yeux me faisait peur
Ils avaient la couleur du temps qu'il fait en Bretagne

Quand il fait doux mais que l'air de grisaille
Vous fait trembler à l'extérieur et exalté à l'intérieur
Humidité tendre du temps souvent masquée par les tempêtes océaniques
Arbres soumis qui sans cesse se redressent et puis ils se courbent encore plus bas

Jusqu'à la fêlure
   Ou jusqu'à l'usure 

Je tends mes mains mécaniques
Je les voudrais magnétiques
Car je ne sais comment leur toucher le cœur sans briser leur bois

Sur la voie lactée une étoile a bougé
Et j'ai encore pensé

Une goutte de pluie est tombée
Une seule esseulée

J'ai alors crié très fort dans la nuit mourante
(La lune était absente)
C'était un cri d'angoisse
Debout les bras levés comme implorant une grâce

C'est vrai je crois j'atteignais le fond
Je t'ai appelé par ce que je croyais être ton nom
Je croyais encore à l’ascendance
Et tu m’as répondu par le silence 


ORGASME

J'ai goûté à ta peau à ta bouche
J'ai plongé au plus profond de ta chair
Et tu gémissais comme gémit sur la mer
La mouette que la pluie prochaine effarouche

Mais mon désir est toujours aussi fort
Il veut la violence et la tendresse
Il veut de ta sveltesse en extraire toute l'ivresse
Mourir encore dans la vague profonde de ton corps

La douceur tiède de ton élan
Brise le mur sourd de mon angoisse
Comme un inattendu ressac fracasse
Le château massif d'un vieil enfant

Le soleil avait incendié mes rêves
Ils étaient devenus noirs comme charbon
Dépouillés de toute leur passion
Et tu étais là toi nue sur la grève

 

QUESTIONS TARDIVES

Toi qui as cru si vite à mes mensonges,
Et, à présent, mille questions me rongent,
Tes yeux n'avaient-ils pas toujours leur vif éclat ?
N'as-tu pas jusqu'au bout gardé ton sang-froid ?

Sans doute n'attendais-tu que je t'ouvre la porte !
Sans doute craignais-tu que je ne supporte
D'entendre de ta voix qu'il n'y aurait plus rien
Entre nous, sauf quelques souvenirs câlins.

Sans doute es-tu maintenant dans les bras d'un autre !
Et tu as déjà oublié ces moments que furent les nôtres.
Non, tu ne peux avoir déjà oublié ! C'est impossible !
Rappelle-toi, cet été...

Dis-moi que tu m'as caché ta détresse,
Et mon cœur bondira alors de tendresse !
Mais tu m'as dit que nous resterions amis.
Alors, c'est que vraiment c'est fini !

N'y a-t-il pas en effet de meilleure preuve
Que de devenir l'un pour l'autre une bonne œuvre ?
N'est-ce pas ce que l'on appelle un doux mépris ?
Quand le feu est éteint, il n'a plus besoin d'abri.

Pourtant, dans mes pensées, il y a sans cesse ton visage.
Et mon corps n'arrive pas à tourner la page.
Comme un livre qui n'aurait pas de fin,
Sauf de recevoir la caresse de tes mains.

Parfois le soir, dans tes bras, mon rêve se refuge.
Pour m'endormir c'est un merveilleux subterfuge.
La nuit a alors la douceur de ta peau,
Et tu es la mer dont je suis l'enfant-bateau.

Puissions-nous, un jour, échouer tous deux sur la même grève
Et découvrir qu'enfin se réalise le rêve...
Mon amour, sais-tu que je t'ai vraiment aimée ?
Et surtout sauras-tu combien j'en ai pleuré ?

 

L'INACCESSIBLE

Derrière ce bouclier aux larmes d'or,
Il y a les armes de ton corps.
Derrière le charme de ton visage,
Il y a la chaleur d'imminents orages.

J'ai pris ta main dans ma main.
Y sera-t-elle encore demain ?
Elle tremble, elle est chaude,
Comme un oiseau pris en fraude,

Comme un regard qui n'ose se poser,
Qui n'ose non plus s'envoler.
Quand le voilier craint la tempête,
Sa mâture devient discrète.

Au plus profond de moi, comme un écho,
Mon cœur se brise en mille morceaux.
C'est d'un roc pur l'étrange naufrage :
Je m'abandonne à ton image.

Mon esprit capitule.
Je meurs.
Je cherche ton sourire, ton odeur.
Respecteras-tu toujours ma maladresse,
Ô toi qui jamais ne me blesses ?

L'enfant tombé de sa nuit,
Qui appelle et souffre sans un cri,
Craint une trop vive lumière ;
Il guette l'ombre tendre de sa mère.

Mon amour est bien pour toi !
Il se veut clair comme ta foi.
Mais la chair est fragile,
Même quand l'esprit est tranquille !

Je fis jadis ce rêve enfantin
D'une étoile bleue qui, chaque matin,
Se couchait dans le lit d'une rivière.
Un jour, elle garda sa lumière.

Mais, me dis-je, est-ce un jeu du ciel
Qui me fait voir ce qui est éternel
Dans le reflet de ton image,
Au cœur de mon amoureux paysage ?

L'arbre se tend vers les cieux,
Mais jamais il ne devient bleu.
Tout mon être se tend vers une reine,
Mais jamais il ne la fera sienne.

Comme l'arbre, j'avais un corps.
Je me croyais alors très fort !
A présent, je suis en pleine croissance :
J'ai reconnu mon impuissance.

 

TOURMENTE

Toi dont le cœur est à la fois doux et amer,
Comme une pluie chaude fond dans la mer,
Froide et nue, profondément indifférente,
Choisiras-tu enfin entre le naufrage et la tourmente ?

La fleur éclatée au bout du chemin
N'avait pas d'ailes pour exhaler son parfum.
Mais, autour d'elle, volaient trois vives abeilles
Qui faisaient de son arôme une exquise merveille.

J'ai eu mal au plus profond de mon corps
Quand j'ai rencontré ton regard mort.
Mais les bruits de la tempête cachent les cris de détresse,
Et, pour survivre, la fleur sauvage s'entoure de tristesse.

L'enfant blessé, tombé, et qu'on a encore humilié,
Va-t-il se relever ? Va-t-il chanter, cracher ou pleurer ?
J'ai peur de lui tendre ma main, qui tremble...
J'ai peur, tellement peur qu'il me ressemble.

Personne n'a frappé. Pourtant tu as crié : « Entrez ! ».
C'est ce que cette nuit j'ai rêvé.
Il y avait bien quelqu'un à la porte.
J'ai alors pensé que tu étais très forte.

L'homme qui est entré s'est jeté dans tes bras :
Ils se sont refermés sur lui comme une croix.
Soudain, il est tombé lourdement par terre,
Et j'ai vu que c'était une statue de pierre.

Je crois qu'à ce moment tu as poussé un horrible cri.
Mais, tout de suite après, tu as beaucoup ri.
Et, à la place de ton cœur, il y avait une lumière
Qui coulait vers moi, comme une chaude rivière.

 

TEMPS

Encore je songe.
Oui, déjà je songe !
A quoi songes-tu, ami ?

Jadis je franchissais les plus grands espaces ;
Je chantais et criais, sans angoisse.
Maintenant Il refuse
Et plus je ne m'amuse.

Enfant, adolescent, adulte :   
Il m'a trahi.
Qui ? Temps, monture occulte
Que menait jadis mon esprit.

Tantôt. Après. Non, arrête, ! Impossible !
Mais était-ce lui ?
Je l'appelle, je lui crie : « Insensible » !
Je lui mords l'échine, je lui dis « Mon chéri ».

Il continue, sans voir ma tristesse,
Sans émouvoir son infini
Et s'impose à mon âme en laisse,
Songeur et triste lui aussi.

          

DÉSERTE

C'est dans un désert que je te rencontrai, fleur étrange,
Dont le parfum était couleur d'orange
Et dont le cœur s'ouvrait, nu, au soleil cruel,
Qui le blessait ardemment en traversant ton ciel.

Au loin, se levaient de lourds nuages,
Et déjà je voyais accourir l'orage.
Alors tu te refermas comme une main,
Frissonnante à l'heure du lever-matin.

Et je me demandai : est-elle forte ou fragile,
Celle qui demeure seule, accrochée à son île,
Hantée et protégée à la fois par les voix
Qui ont gardé la douceur nostalgique de l'autrefois ?

Je me dis que vaines seraient mes caresses,
Car trop lointaine est ta tendresse.
Parfois tu bondis et ris comme une enfant.
Sais-tu qu'un enfant peut aussi être méchant ?

Fleur de cimetière, n'es-tu qu'une ombre fugace ?
Comme l'oiseau dont le chant se lasse
D'appeler en vain l'éclat des beaux jours,
À en pleurer de ce cri d'amour...

Mais quel est ton nom, quel est ton rêve ?
Dis-le, enfin, ce que jamais tu n'achèves,
Ce que jamais tu n'as repris ni appris
Si bien qu'à présent tu es sans abri...

 

INSAISISSABLE

Homme aux mille visages
J'ai aperçu parfois ton image
Lointaine mais vraie comme un mirage
Familière comme un proche paysage

Nuée fragile du petit matin
Que le vent jette déjà au lointain
C'était un petit être dans un chemin
Assis seul avec son chagrin

Ce n'était pas un archange
Plutôt un enfant étrange
Qui voulait qu'on le venge
Sans que ça dérange

C’était un animai de zoo
Que les gens regardent de haut
Il n'a pas chaud
Il n'a que sa peau

C’était un voilier au bord de la tempête
Il frémit et s'arrête
Ça va être sa fête
Ça va être ma fête

C'était un amoureux nu
Et honteux d'être ému
Par le discret salut
D'un autre amoureux nu

D'un soir la tendre prière
Lorsqu'on ignore encore sa misère
Et qu'on croit toujours à sa mère
C'était la tendresse de la terre

Mais c'est déjà la nuit
Qu'est-ce qui est gris
Je ne vois que ce qui brille