QUE SUIS-JE

Je change souvent de pays
Mais je reste à moi toujours semblable
Je me suis souvent soumis
Bien que je sois invulnérable

Je peux même être gravement blessé
Jusqu’à ressentir une extrême souffrance
Et pourtant à rien je ne suis attaché
Je ne m’accorde aucune importance

Je ne possède rien
Et pourtant souvent l’on me vole
Et je ne me sens pas bien
Ça n’est vraiment pas drôle

Car ce qu’on me soustrait
Ce n’est pas une chose bien précise
Je ne sais pas ce que c’est
Mais ça me ridiculise

Je me sens nu et honteux
Bien que je ne supporte aucun habillage
Je ne sais pas ce que je veux
Alors que c’est moi qui commande au soleil et aux nuages

Et tout le monde m’obéit
Même ceux qui démontrent mon inexistence
Même quand de moi ils rient
Je me reconnais dans leur incroyance

Je ne suis pas tout puissant
Je suis extrêmement fragile
Comme le cristal le plus transparent
À la merci d’un geste malhabile

Tout le monde me croit très fort
On me prie pour que j’accomplisse des miracles
Pour que j’apporte aux malades mon réconfort
Mais je ne me donne pas en spectacle

En fait je ne me montre jamais
Enfin jamais sous la même forme
Car c’est ainsi que je suis fait
Sans cesse je me transforme

Ainsi on ne me reconnaît pas
On me croit douceur et gentillesse
Mais ce n’est déjà plus moi
Je suis déjà celui qui agresse

Et quand on me prend pour un justicier sans pitié
Voilà que j’apparais comme celui qui pardonne
Et qui dispense sans compter ses bienfaits
Impossible de savoir comment je fonctionne

Même moi je ne sais pas ce que je serai demain
Sauf que je serai encore de ce monde
Que je n’en verrai jamais la fin
Car c’est malgré moi que sans cesse je le féconde

Je ne suis pas un être pur
Mais je suis un mélange
Dont on ne peut jamais être tout à fait sûr
Car c’est sans préavis que je change

Certains disent qu’en moi il faut avoir la foi
Pour obtenir de moi des grâces
Ils me vénèrent comme le roi des rois
Ils pensent que c’est une attitude efficace

Mais moi je ne suis qu’un pauvre hère
Et je ne comprends pas leur croyance
Moi-même je suis dans la misère
Ma seule richesse est mon existence

Oui je sais que je donne parfois
Mais je ne suis pas comptable
Je ne donne qu’à ceux qui ne calculent pas
Et qui à moi peuvent être semblables

À ceux qui comprennent vraiment qui je suis
Un petit enfant un grand pécheur un être vulnérable
Qui a besoin qu’on prenne soin de lui
Mais sans rien espérer de lui qui leur soit profitable

Si vous n’espérez rien en retour
Si vous reconnaissez et aimez mon impuissance
Alors vous saurez vraiment ce qu’est l’amour
Et vous sentirez en vous ma Présence

Texte extrait de "Poèmes de mon nouvel âge", de Jean-Paul Inisan, Edmond Chemin (éditeur), 1998, 2016 
(reprductions autorisées avec mention de la source)

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