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QUELQUES TEXTES SUR LA MÉDITATION
(et plus...) de Jean-Paul Inisan

(Reproduction des textes autorisée avec mention de la source)


POURQUOI MÉDITER ?

Pourquoi donc je pratique la méditation ?
Ce n'est pas parce que cela aiguise mon attention,
Pas non plus parce que cela me détend et me délasse
Ni parce que cela agrandit à l'infini mon espace

Ce n'est pas parce que je me sens plus présent :
Que je me sente bien ou mal c'est toujours maintenant.
Ce n'est pas parce que je rencontre parfois la lumière
Tout en restant profondément enraciné dans la matière.

Pas non plus parce que je me sens aux autres plus ouvert
Et que de moi ou des miens je me sens moins fier :
Je ne mets plus entre moi et eux une fausse distance,
En moi comme en eux je ressens une grande confiance.

Car je ne rejette ni la souffrance, ni le doute, ni la peur.
Je ne me bats plus contre les tourments de mon cœur.
J'accepte tout ce qui survient : la joie, les larmes, les rires...
J'accepte l'indifférence autant que de déplaire ou de séduire.

Si je médite, ce n'est pas pour me sentir plus grand
Tout en restant le plus limité des débutants.
Ce n'est pas parce que je me sens plus à l'écoute,
Même et surtout de ces autres qui suivent une autre route.

Ce n'est pas parce que je me sens bien mieux
Lorsque mon mental est vide et silencieux,
Que de mes pensées il ne reste plus que l'absence
Que je savoure comme une précieuse vacance.

Si je médite, ce n'est pas parce que je ressource ainsi mon corps,
Ni parce que je ne crains plus alors la maladie et la mort,
Ni parce que mon inspiration est ensuite prolifère
Et que mes créations deviennent à moi divinement étrangères.

Alors pourquoi méditer si c'est pour refuser
Tous ces bienfaits que je viens d'énumérer ?
Mais je ne les refuse pas quand parfois ils s'invitent.
Le problème, c'est que jamais jamais je ne les mérite,

Car ce ne sont pas les résultats que j'espérais.
Ce que j'espérais, c'était de découvrir une noble vérité
Et non pas ces collatérales conséquences
Dont je ne comprends pas l'inexplicable abondance.

Jean-Paul Inisan (mars 2021, inédit, à paraître)

 

QU'EST-CE QUE LA MÉDITATION ?

Qu'est ce que la méditation ?
Ce n'est pas seulement observer sa respiration,
Ce n'est pas que respecter la règle du silence
Et exercer sans jamais se crisper sa vigilance.

Ce n'est pas qu'observer et accepter ses pensées
Et tout ce qui apparaît, sans jamais rien rejeter :
Joies, tristesses, colères, questions, angoisses...
Tout ce qui survient apparaît, se ressent et passe.

Mais c'est comme un indéfinissable jeu :
Des nuages gris passent sur un beau ciel bleu.
Ils ne sont que de passage,
Impossible de les mettre en cage.

Ici et maintenant, au plus proche de soi,
Strictement à zéro millimètre de moi,
C'est vraiment sans gêne et sans limites
Que le monde entier en moi s'invite.

Et si je l'accueille inconditionnellement,
C'est vraiment involontairement.
Ce n'est pas une conquête,
Il suffit de laisser la porte ouverte.

Et alors, le temps d’un instant, de la tête aux pieds,
Je me sens par de longs éclairs traversé.
C'est comme une miraculeuse avalanche
De lumière neigeuse toute blanche.

Pendant un instant je ne suis plus rien.
Enfin, plus rien qui soit très commun,
Je deviens comme un immense et invisible hôte
Qui reçoit chez lui tous les autres.

Jean-Paul Inisan (11/2020), inédit, à paraître.

 

MÉDITATIF

Perdu au fond de mon confinement
Ce n'est pas la fin que j'attends
Mais ce que patiemment j'espère
Ce sont des jours de lumière

Ces jours de grand soleil
Qui accompagneront mon réveil
Et où nous allons tout reconstruire
La paix intérieure le partage le sourire

J'attends de retrouver mon chemin quotidien
Celui qui me faisait rencontrer les miens
Mais aussi ceux qui me parlaient un autre langage
Qui n'était pas celui de mon familier entourage

Je ne comprenais pas tout ce qu'ils disaient
Surtout quand parfois entre eux ils psalmodiaient
Je me sentais pourtant en parfaite résonance
À l'abri si grand ouvert au fond de mon silence

On ignorait presque tout de la vie de chacun
Chacun respectait de l'autre son destin
Mais c'était pour moi une véritable aventure
Que de découvrir ma véritable nature

Celle qui cache mon plus grand secret
Ce qu'aux autres je ne montre jamais
J'avais toujours un peu peur de déchirer le voile
Et qu'ainsi la vérité tout d'un coup se dévoile

J'aurais alors comme un fou au-dehors couru
Comme une âme soudain complètement nue
Dépouillée des fausses apparences
De la plus ordinaire des existences

J'aurais brisé alors tous les miroirs
De ma vie de mes amours de mon pouvoir
Mais pour un méditant est-il convenable
De montrer ainsi qu'il est si vulnérable

Merci de ne pas me dire où est mon erreur
Ce n'est pas le désir ou la peur
C'est de vouloir jouer au Sage
Qui m'a fait écrire cette page

Jean-Paul Inisan (décembre 2020), inédit, à paraître

 

MES AMIS DE LA MÉDITATION

Reverrai-je un jour mes amis du mercredi
Qui étaient aussi parfois ceux du vendredi
Nous partagions de profonds moments de silence
Dans le recueillement et la présence

Même quand une voix très proche nous distrayait
On aurait pu entendre le plus léger papillon voler
Même quand nos pensées étaient invasives
Notre attention n'était pas sélective

Même quand je venais là contre mon humeur
La paix finissait par s'installer dans mon cœur
C'était comme un moment de grâce
Où je me sentais bien à ma place

Je ne partageais pas toutes leurs idées
Parfois je m'en sentais même très éloigné
Mais il émanait d'eux une telle bienveillance
Que je me sentais pleinement accepté dans ma différence

Ce qui est purement intérieur
Ne peut être à rien supérieur
Au plus proche de soi à zéro millimètre
Chacun est son propre maître

Au plus proche de moi c'était l'inconnu
Mon moi avait complètement disparu
C'était à la fois une merveille et un mystère
De ne plus être que cette claire et chaude lumière

D'être comme un anonyme et immense courant
Fait de tous les êtres présents et même absents
Comme un grand fleuve un océan insondable
Jamais pareil et pourtant immuable

Je vous le dis ce n'était pas que de la méditation
Ce n'était pas que de la détente et de la concentration
Ce n'était pas chacun pour soi dans sa cage
Mais je ressentais très fort le partage

Il se faisait presque malgré moi
Sous le regard apaisant du Bouddha
J'étais alors sans le vouloir son disciple
En suivant sans le savoir une voie multiple

Reverrai-je un jour mes amis
Ou quand ils se retrouveront serai-je déjà parti
Regretteront ils alors mon absence
Ou sentiront ils encore ma présence

Quoi qu'il survienne je serai avec eux
Même si je ne crois pas en Dieu
Avec mon corps ou avec mon âme
Je crois en cet étrange programme


Jean-Paul Inisan (mars 2020, pendant le confinement), inédit, à paraître.

 

LE LIEU DE LA MÉDITATION

J'avais rendez-vous pour une méditation
Mais je ne trouvais pas le lieu de la réunion
J'ai cherché en vain j'ai cherché
J'ai fini par abandonner

Et alors une porte s'est ouverte
Mais la maison était déserte
Je me suis assis par terre et j'ai attendu
Personne n'est venu

J'ai attendu pendant des heures et des heures
C'était une immense demeure
Avec une seule pièce et seulement trois murs
Le quatrième était entre deux coins obscurs

Sans doute existait-il mais derrière moi et il était invisible
Sa présence ne se révélait que par sa cible
Un immense miroir transparent
Rempli de bruits de vie et de gens

Comme une cour de récréation indélimitable
Remplie de beaux châteaux de sable
Que fébrilement tout le monde construisait
Et que tout le monde aussi fiévreusement démolissait

En une incontrôlable et merveilleuse transe
Sans faire de différence
Ceux des autres et les siens
C'était un jeu qui semblait être sans fin

ll n'y avait dans ce drôle de film ni méchants ni bons
Chacun jouait son rôle avec application
Bien sûr certains éprouvaient de la détresse
Mais ça faisait partie de la générale liesse

Et curieusement toute cette agitation et ce tapage
Formaient comme un harmonieux mixage
Je m'en sentais à la fois très distant
Et complètement dedans

Ici il y avait toujours le même silence
Toujours la même invisible présence
Ici je me sentais seul et heureux
Plein du monde et nu comme un dieu

Je n'attendais plus personne
Comme un roi né sans royaume
Je jouissais secrètement de mon véritable moi
Sans jamais vouloir imposer ni ma loi ni ma foi

Ne trouvant plus la porte j'ai voulu sortir par la fenêtre
Mais c'était la conscience de mon être
Je suis donc définitivement resté enfermé Ici
Où avec le monde entier désormais je vis

Jean-Paul Inisan, Éclats de miroirs, ed. Edmond Chemin, 2019.

 

MÉDITATION DU VOLCAN

Un volcan venait de s'endormir
Et je croyais pouvoir enfin du calme tranquillement jouir
Mais voici qu'à nouveau soudain il explose
Et puis tout de suite après encore il se repose

Il reprend son souffle sa respiration
Si longuement si profondément que c'en est presque une méditation
Qui féconde le feu et les cendres
Qu'il va à nouveau sur la plaine abondamment répandre

Ce va-et-vient interminable entre silence et fracas
Finit par me ramener chez moi
Comme en une éternelle renaissance
En-deçà de toute durée et de toute distance

Jean-Paul Inisan, Éclats de miroirs, ed. Edmond Chemin, 2019.

 

ICI ET MAINTENANT

Ce je que je suis essentiellement
C'est ici et maintenant
C'est ce que je suis sans mémoire
Et sans territoire

Au plus proche de moi
Je ne me vois pas
C'est une transparence
Pleine de vos multiples différences

Ici c'est grouillant de joies de peines de vie
De mouvements et de cris
Et pourtant à jamais immobile
Et parfaitement impassible

Et cet immense lieu
Est droit comme un pieu
Enfoncé jusqu'au centre de la terre
Il atteint aussi les plus hautes sphères

C'est une invisible embrasure
D'une inimaginable envergure
Comme un filet percé
Qui laisserait tout passer

Je ne peux le nommer
Car il n'a ni futur ni passé
Quand je veux me l'approprier
Immédiatement il disparaît

C'est seulement une Présence
J'en ai lumineusement conscience
Quand je renonce à m'en flatter
Et que j'accepte d'être ce que je suis pour l'éternité

Jean-Paul Inisan, Éclats de miroirs, ed. Edmond Chemin, 2019.

 

CE QUE TU ES VRAIMENT

Ce que tu es vraiment n'est pas une image
Mais c'est un être toujours différent
Personne ne peut le voir et il n'a pas d'âge
Tu es tout ce dont tu étais ignorant

Tu es tout autre que sur ta route tu rencontres
Qu'il soit beau ou laid bon ou haineux
Quel que soit le visage de toi qu'il te montre
C'est lui qui t'ouvre le mieux les yeux

Tu vas et viens au gré des eaux
Dans cet océan immense fait de mille ruisseaux
Tu ne sais jamais sur lequel tu vogues
Est-ce le tien ou son homologue

Et pourtant tu ne bouges jamais
À la fois cœur et conscience
Tu t'ouvres tout entier à ce qui ne cesse de changer
Avec la même tranquille permanence

Tu ne suis jamais la même direction
Mais tu gardes un œil sur le lointain horizon
C'est un repère constant un si familier paysage
Qu'il devient finalement de ce que tu es ta plus fidèle image

Jean-Paul Inisan, Éclats de miroirs, ed. Edmond Chemin, 2019.

 

MES AMIS (extrait)

Alors c'est vrai que mes amis sont très différents
Je ne parviens jamais à les réunir en même temps
Ou alors ils se disputent jusqu'à presque se battre
Ils ne savent pas de leurs divergences calmement débattre

Mais moi je les apprécie tous comme ils sont
Je ne cherche pas à donner à l'un plus qu'à l'autre raison
Je préfère plonger dans mon intérieur silence
En reprendre secrètement conscience

C'est comme une lumière qui ne se voit pas
C'est un bonheur totalement indépendant de moi
Une joie inexplicable indestructible
Une flamme discrète mais inextinguible

Un filtre magique qui me réchauffe le cœur
Et met à mes yeux tous mes amis en valeur
Je ne peux m'empêcher de leur sourire
Mais sans jamais vouloir les séduire

Jean-Paul Inisan, Éclats de miroirs, ed. Edmond Chemin, 2019.

 

À BON PORT

Celui qui sur l'autre a raison
A tort d'avoir raison
Mais celui qui s'est égaré dans l'océan du tort
Peut toujours revenir au port

Et alors il se lèvera une nuit
Pour interroger ses amies
Il contemplera longuement les étoiles
Jusqu'à ce qu'elles en deviennent pâles

Et alors il verra le soleil se lever
Et il sera éclairé
Par une lumière nouvelle
Qui lui donnera des ailes

Il verra au-delà de l'horizon
Il fera en avant un grand bond
Il perdra totalement la face
Mais il y gagnera le plus grand des espaces

Ainsi parlait le roi des mois
Mais soudain la vie le quitta
Que reste-t-il alors de cette fable
Il n'en reste que l'inexprimable

Jean-Paul Inisan (mai 2020), inédit, à paraître.

VOIR AUSSI : 100 poèmes choisis de J.P. Inisan (cliquez ou appuyez)

 

2 CONTES  de J.P. Inisan, extraits de son livre
"Voyages au-delà du miroir (44 contes et nouvelles initiatiques)"

 

PETIT CONTE FANTASTIQUE DE L'ANTIMOI (ou "Ici-Maintenant l'Autre")  

Il était une fois un vaisseau spatial qui allait tomber en panne de carburant en plein milieu de la galaxie. Déjà, les moteurs tournaient au ralenti et une dépression inquiétante commençait à envahir l’équipage. 

Le carburant utilisé à cette époque pour les voyages dans l’espace s’appelait l’ "antimoi". C’était un lointain descendant de ce que les physiciens de notre temps nomment antimatière.  On l’appelait aussi "le différent" ou, quelquefois, pour plaisanter,  « L'AUTRE ». Le jeune chef mécanicien, dont c’était la première mission, vint à la rencontre du capitaine pour l’informer de l’urgence de la situation. Il leur restait de quoi parcourir encore quelques années-lumière, mais cela représentait en fait  à peine une journée de notre temps actuel. 

Notre ami demanda donc à son chef s’il savait où il pourrait trouver le combustible nécessaire. Le capitaine fut un peu contrarié qu’il soit informé aussi tard de la situation. Mais il sourit et répondit calmement :
- Oui.
- Mais où donc ? interrogea le mécano, intrigué.
-
 ICI, fit l’officier."

Le jeune homme fut étonné par cette réponse, mais comme elle venait d’un commandant de vaisseau expérimenté, il n’osa pas faire part de ses doutes. Simplement il demanda :

- Mais quand allez-vous le faire  ?
- Je ne peux le faire que 
MAINTENANT, déclara le capitaine.

Joignant le geste à la parole, il réunit alors les deux éléments nécessaires à la synthèse du carburant et, instantanément, les réservoirs du vaisseau se remplirent de dizaines de milliers de litres d’antimoi. Le vaisseau retrouva immédiatement sa vitesse optimale et la joie de vivre se répandit à nouveau parmi l’ensemble de l’équipage. 

Le mécanicien se tourna vers le capitaine en le remerciant chaleureusement. Celui-ci lui répondit : « De RIEN ». 

(extrait du livre "Voyages au-delà du miroir", de Jean-Paul Inisan, ed. Edmond Chemin, 2016.)
 

LE LIEU DU COMBAT

Le hasard d’un tirage au sort fait que deux jeunes amis très liés, pratiquant tous deux le même sport de combat, devront s’affronter dans une compétition officielle.

La petite amie de l’un d’eux, hostile par principe à toute forme de violence, saisit cette occasion pour faire valoir ses idées pacifistes. Mais aucun des deux futurs combattants n’a l’air inquiet. A leur insu, elle rencontre cependant les responsables de la compétition pour essayer d’échanger leurs places avec les participants d’autres combats prévus le même jour.  Mais rien n’y fait : les organisateurs sont absolument catégoriques. Le règlement est le même pour tout le monde. Il ne peut être fait d’exception.

Le combat a donc lieu et c’est l’ami de la jeune femme qui le perd. Le croyant humilié, elle le presse d’abandonner la pratique de ce « sport de brute ». Mais elle constate qu’il n’a pas l’air affecté par sa défaite. Elle le surprend même à plaisanter joyeusement avec son vainqueur. Ce qui la contrarie, car elle a une très mauvaise opinion de celui-ci.

Finalement elle consulte son maître spirituel –celui-là même qui lui a enseigné la non-violence. Elle lui raconte ce qui s’est passé. Et, à son grand étonnement, le maître se met en colère. Lui, habituellement si doux, est soudain devenu méconnaissable. Il crie, il vocifère, il l’insulte presque !

Elle ne comprend pas et lui demande les raisons de son attitude.

« Aucune raison, lui répond-il, toujours sur le même ton !

- Ce que j’ai fait est-il si grave pour que vous vous emportiez ainsi ?

- Et toi, lui répond-il, ma colère est-elle si grave pour que tu en sois aussi affectée ?

- C'est la première fois que je vous vois en colère.

- Suis-je toujours la même personne que tu connaissais ou me  perçois-tu comme une personne différente, maintenant que tu m’as vu en colère ?

- Maître, vous êtes toujours le même, répond-elle.

- Et tes deux amis, sont-ils différents maintenant après leur combat ou l’un deux te semble-t-il avoir changé ?

- Ils sont tous les deux pareils qu’avant.

- Pourtant le combat a bien eu lieu ?

- Oui, j’en suis certaine.

- Et il est bien terminé ?

- Oui.

- Donc, la seule réponse que je puisse donner aux questions que tu te poses, c’est que le combat n’a pas eu lieu à l’endroit où tu croyais. Trouve cet endroit et tu seras libérée de tous tes doutes. »

(extrait du livre "Voyages au-delà du miroir", de Jean-Paul Inisan, ed. Edmond Chemin, 2016.)


Vous pouvez VOIR AUSSI : "20 contes choisis de Jean-Paul Inisan" (cliquez ou appuyez)